vendredi 6 juin 2014

L'Abruzzo

 
Ces lieux que nous visitons ne nous marqueraient pas autant s'il n'y avait pas les gens qui y habitent. Les paysages défilent, les visages restent. Dans ce petit village de Decontra où nous avons entrepris notre excursion de trois jours, nous avons rencontré, entre autres, Paolino, un berger-conteur-poète de 88 ans qui a vu tant de choses se passer, tant de gens quitter la région.



Beaucoup d'Abruzzois ont quitté (ils sont nombreux à avoir émigré au Canada) à cause de l'isolement, des tremblements de terre, du froid, de l'incompétence des autorités. Restent les parcs nationaux, les agritourismes, les villages inscrits à la liste des plus beaux villages d'Italie, mais restent surtout une grande gentillesse et, malgré tout, une grande fierté.
Je me rends compte que j'aurais pu aussi bien dire la même chose de la Gaspésie et d'autres régions de chez nous, tremblements de terre en moins.

 
 

 
 
 

Ermite

Au XIIIe siècle. Célestin V a eu le temps de fonder d'innombrables ermitages dans le massif de la Majella, dans les Abruzzes, avant d'être élu pape, à 80 ans passés. Écrasé par les responsabilités et les luttes de pouvoirs, il renonça à sa charge au bout de quelques mois. Benoît XVI sera le second pape à démissionner, 719 ans plus tard.


Nous avons visité quelques-uns de ces ermitages, souvent sous la pluie (sauf le dernier jour, d'où le soleil sur la photo), toujours dans le roc. Ce sont des lieux hors du temps.

mercredi 28 mai 2014

Gran Sasso

Le Gran Sasso est la plus importante chaîne de montagnes des Abruzzes et Rockquiroule s'est senti bien petit dans cette longue montée d'une trentaine de kilomètres parsemés de quelques répits. Je suis arrivé à une altitude de 2 100 mètres après avoir traversé l'immense plateau du Campo Imperatore, assez rugueux mais passablement fleuri en cette saison.


C'était brumeux, humide et assez désert. Et les deux derniers kilomètres de montée sont assez terribles. Un autobus d'Allemands a eu la bonne idée de venir à ma rencontre dans un virage en épingle; j'ai quasiment dû passer en dessous de son miroir.


À l'ombre du Corno Grande, qui fait 2912 mètres, j'ai retrouvé Nathalie avec joie. Ce paysage est à la fois très beau et un peu effrayant.
Là-haut, tout est un peu à l'abandon; il n'y pas grand chose à observer, sauf un observatoire astronomique. Dans un grand bâtiment déglingué, qui sert aujourd'hui de restaurant et d'auberge, Mussolini a été détenu quelque temps après la débâcle de son régime, avant d'être libéré par des parachutistes allemands. Hitler croyait encore en la victoire et pensait que Mussolini lui serait utile. Heureusement, l'histoire en a décidé autrement.

lundi 26 mai 2014

C'est naturel

Normalement, quand on arrive quelque part, à l'étranger, on se sent dépaysé, on a une sensation d'irréel. Pas de ça à Arezzo, où tout est maintenant tellement familier. Même le décalage horaire est familier, un peu comme si tout le monde ici était en décalage, mais pas nous. Un qui se sent chez lui en tout cas, c'est mon vélo. Après avoir passé quatre mois enfermé dans une cave, il était aujourd'hui dans une forme splendide; un peu plus il aurait rué comme une tauraille qui met les sabots dehors pour la première fois au printemps.

Il a profité d'un arrêt pour renouer avec les coquelicots, la chaleur qui exhude des pierres, le chant des criquets, les odeurs de la Toscane et ces oiseaux que je ne connais guère (sauf le coucou). Moi, j'ai l'impression que je suis un peu né pour faire du vélo en Italie, ou c'est peut-être la récompense du cycliste qui se tape les rues défoncées de Montréal et le vent omniprésent du bas-du-fleuve.
Demain, nous partons pour les Abruzzes, une des régions les plus vertes d'Europe. Le touriste devrait s'y faire assez rare.

Mon «terrain de chasse» habituel

samedi 24 mai 2014

Coucou!




 
Quand on part quelque part, on apporte toujours un peu de ceux qu'on aime; tu fais maintenant partie de ceux-là, Camille.

vendredi 25 avril 2014

Retour sur terre

Il a fini par descendre de son piédestal (neigestal?), mais ça a été long. Neige, pluie, vent, sable, boue. Chaque kilomètre fait à cette période de l'année est mérité. La vraie saison commence (on est presque en mai!).

lundi 7 avril 2014

Histoire de dette

« L'histoire montre que le meilleur moyen de justifier des relations fondées sur la violence, de les faire passer pour morales, est de les recadrer en termes de dettes; cela crée aussitôt l'illusion que c'est la victime qui commet un méfait. »

Vaste programme que de faire l'historique de la dette sur 5000 ans. C'est ce que tente l'auteur de ce livre, David Graeber, anthropologue anarchiste et inspirateur du mouvement Occupy Wall Street, en écorchant au passage bien des idées reçues, entre autres celle voulant que le troc ait été à la base de la création de la monnaie et de l'économie telles que nous les connaissons.

Ce livre foisonnant, par moments étourdissant, emprunte à l'anthropologie, à l'histoire, à l'économie et à l'étymologie. À elle seule, la bibliographie fait 75 pages. Le résumer est donc pratiquement impossible. Notons quand même quelques idées essentielles.
 
L'endettement est une construction sociale fondatrice du pouvoir et l'histoire de la dette en est une de guerre, de violence, de vol et d'esclavage. Et le système se perpétue aujourd'hui, avec moins de violence mais tout autant de puissance. Il est tenu pour acquis que lorsque les choses vont mal, ce sont les débiteurs qui sont en cause. Pourtant, qu'en est-il des institutions financières qui ont consenti des emprunts colossaux à des pays dirigés par des malfaiteurs et des dictateurs qui se sont enrichis aux dépens de l'immense majorité de leur population pauvre, laquelle ne profite même pas de l'argent emprunté qu'elle doit pourtant rembourser? En de rares occasions, la dette de certains pays a été effacée. Geste noble de la part des grandes puissances? Non, simple calcul que faisaient déjà les rois mésopotamiens (3000 ans avant Jésus-Christ) : Si l'on veut éviter l'explosion sociale, il faut savoir « effacer les tablettes ».

Si l'économie des pays occidentaux a été et demeure si florissante, elle le doit très largement à l'esclavage. La richesse s'est constituée grâce au travail de millions d'esclaves, privés de leur droit d'existence. À aucun moment, le capitalisme n'a été organisé en recourant essentiellement à une main-d'oeuvre libre. Nous vivons aujourd'hui une autre forme d'esclavage, beaucoup moins violent, mais un esclavage quand même, qui explique que nous devions travailler toutes nos vies pour rembourser nos dettes.

Il est étrange qu'en anglais le terme redemption signifie à la fois rédemption et remboursement : nos péchés sont rachetés et notre dette, remboursée. Ou que les mots guilt (culpabilité en anglais) et geld (argent) en allemand aient la même origine. La dette et l'argent sont associés à la culpabilité, celle des débiteurs désargentés.

« Comme nul n'a le droit de nous dire ce que nous valons, nul n'a le droit de nous dire ce que nous devons. »