mardi 7 mai 2013

L'Italie sans dessus dessous (5), ou les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Laura Boldrini, ancienne porte-parole du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, a été élue présidente de la Chambre des députés du parlement italien en mars dernier. Depuis sa nomination, elle a fait l'objet de nombreuses menaces et railleries :
 
Comme quoi la haine de la femme se pratique encore beaucoup, en Italie comme ailleurs, et peut-être plus que jamais. Le menace est l'arme des faibles qui se croient forts.

Au fait, on a le droit de dire  que Laura Boldrini est une belle femme (elle me fait d'ailleurs penser à Borgen dans la série du même nom).

lundi 29 avril 2013

Sardinades

Départ aujourd'hui pour la Sardaigne avec un groupe d'Italiens. Pourvu qu'ils ne parlent pas tous en même temps (ce qui est rare) pour que je comprenne.
Oui, ils parlent en même temps et ils rigolent aussi beaucoup.

Quant à la Sardaigne, elle n'est pas nécessairement celle qu'on croyait; peut-être plus terre que mer. Le développement du bord de mer, assez harmonieux pour ce que nous avons vu jusqu'à maintenant, est assez récent.
Les Sardes ont connu tellement d'envahisseurs (Phéniciens, Carthaginois, Romains, Arabes, Pisans et Génois, Espagnols et Catalans) qu'ils ont préféré l'intérieur de l'île, plus sûr et moins convoité. Hier, des airs de Californie et de Nouvelle-Zélande : bords de mer sauvages et calmes, du moins en cette période de l'année.
Verte et extrêmement fleurie en ce moment, la Sardaigne deviendra jaune et aride en juillet.


Avant tous ces envahisseurs, un peuple dont on sait peu de choses a vécu sur l'île entre 1 800 et 500 av. J.-C. Il a laissé ce qu'on appelle des nuraghis (plus de 7000 encore présents en Sardaigne) formés de gigantesques blocs de pierre assemblés sans mortier et servant à la fois de forteresses et d'habitations.
Et pour les amateurs, la Sardaigne compte d'innombrables murs ou clôtures de pierre.





Encore une fois, nous avons pu constater le développement non sauvage de la côté sarde. Les maisons se fondent dans le décor; rien d'ostentatoire, du moins pas encore. Des kiilomètres et des kilomètres de nature préservée, des caps qui se jettent dans la mer comme le Capo Cascia et le Capo Testa, avec ses rochers aux formes presque humaines, lessivés par l'érosion. Dix kilométres au nord, les montagnes de la Corse et Bonifacio, que l'on voyait très bien hier.




La Sardaigne, c'est beaucoup l'Italie, mais c'est surtout, je crois, la Méditerranée. La pêche, l'agriculture (élevage de moutons, de bovins et de porcs, vigne et chêne-liège - 90 % des bouchons de bouteilles de vin en Italie sont faits ici). La Sardaigne, ce doit être aussi le Sud de l'Italie, que je ne connais pas, mais je n'y ai pas vu la désorganisation et l'exubérance que l'on associe généralement au Sud. Je dirais en fait que j'y ai vu une certaine réserve, peut-être à cause du fait que les Sardes sont principalement un peuple de l'intérieur. L'exubérance, elle se trouve surtout à bord de notre autobus, où le niveau de bruit atteint parfois des niveaux saisissants.

Avec son climat presque idéal, ses plages, son agriculture prospère et sa riche histoire, la Sardaigne a des allures de petit paradis. Mais cela n'a pas toujours été le cas, à cause des invasions qu'elle a subies, bien sûr, mais aussi parce qu'elle a fait l'objet de tentatives d'industrialisation assez sauvages, surtout après la Deuxième Guerre mondiale, qui ont laissé des traces indélébiles sur l'environnement. Elle s'est bien remise depuis, si ce n'est des nombreux panneaux solaires qu'on voit ici et là, mais qui ne servent à rien par manque de fonds (l'installation était subventionnée, mais le fonctionnement ne l'est pas).


Nous avons vu hier un bel exemple de la politique tape-à-l'œil et populiste de Berlusconi. En prévision du sommet du G8 qui devait se tenir en Italie en 2009, il a fait construire un immense complexe en béton à La Maddelena, une île de la Sardaigne, pour accueillir les participants. Au dernier instant, et une fois le complexe construit, il a décidé, sans prévenir les autorités sardes, que le sommet se tiendrait plutôt près de l'Aquila, ville du centre du pays qui venait d'être dévastée par un tremblement de terre ayant fait plus de 300 morts. Il voulait ainsi montrer la résilience du peuple italien et de ses dirigeants...et faire des économies en ces temps de crise économique. Résultat : le complexe de La Maddelena est aujourd'hui abandonné aux courants d'air et le centre historique de l'Aquila n' a toujours pas été rebâti.

Un qui n'était pas tape-à-l'œil, c'est Garibaldi, dont nous avons visité la dernière demeure sur l'île de Caprera. Garibaldi a combattu toute sa vie pour ses idées républicaines et l'unification de l'Italie. Il est considéré comme l'un des pères de la nation italienne et on lui voue un véritable culte, à Caprera en tout cas où la visite se fait avec une solennité et une rigueur presque militaires. L'île en question est très préservée. On dirait que le temps s'y est arrêté le 2 juin 1872, jour du décès de Garibaldi.

Cette introduction (collective) à la Sardaigne a donc été réussie. Nous en garderons longtemps des images de mer limpide, de plages (presque) désertes, de verdure et de fleurs, de troupeaux de moutons et bovins qui donnent envie de brouter, de montagnes déchiquetées et d'une certaine paix, parfois difficile à trouver en Italie.




L'Italie sans dessus dessous (4)

Après plus de deux mois de palabres, l'Italie s'est finalement donnée un gouvernement. Fini l'austérité. Ce gouvernement mettra en place des politiques de relance visant principalement le travail et les PME; il supprimera la taxe sur la résidence principale et la hausse de la TVA qui étaient prévues pour juin. Autre mesure populaire : fin du double salaire député-ministre pour les ministres.

Cette coalition droite-gauche est le résultat direct du refus systématique du mouvement M5S de Beppe Grillo de s'allier à la gauche. Le mouvement en question a raté une occasion historique qui ne se représentera probablement plus. Il aurait peut-être dû écouter les 8,5 millions d'Italiens qui ont voté pour lui et qui étaient peut-être, de façon générale, plus favorables à un compromis. Par ailleurs, sans le mouvement en question, le gouvernement actuel n'aurait peut-être pas fait autant de place à la nouvelle génération de politiciens et aux femmes (7 ministres).

Mais l'histoire n'est pas finie, la politique italienne est toujours pleine de rebondissements et on dit beaucoup que les Italiens ont trop de passé pour avoir de la mémoire.

L'infiniment petit

Oui, j'ai expié. Entre Arquata del Tronto et Castellucio en passant par Montegallo, seulement 35 kilomètres, mais 20 de montées (dénivellé de 1 400 mètres). J'en ai vraiment bavé, la route, pas très belle, ne rendait pas, comme on dit dans le jargon français (je pédalais dans le beurre en jargon québécois). Et pas de répit, toujours la montée. Mais le principe d'un col, même s'il peut paraître par moments très très loin, est de le franchir et de se laisser sécher dans la descente. Un col, c'est un peu un désert suspendu.


 
 
Pourquoi infinement petit? Parce que c'est ainsi que je me sens quand je parcours des paysages pareils. L'infinement petit, ce ne sont pas les êtres microscopiques qui peuplent notre univers, mais nous les humains qui se voient plus grands que nature. La grandeur du paysage devrait nous rendre humbles, très humbles. Petit point qui se meut dans l'immensité. Mais pas besoin de venir en Italie pour éprouver cette sensation. Vivre sur le bord du Saint-Laurent fait le même effet. Et c'est étrange de se sentir chez soi dans un paysage aussi étranger que celui-ci. Je ne vois qu'une chose, l'homme - aussi petit soit-il - a besoin d'espace, de beaucoup d'espace.  
 
 

Castelluccio, village situé à 1 450 mètres d'altitude est bien seul sur son haut plateau (le plus grand d'Europe). Trois cols (entre 1 500 et 1 650 mètres d'altitude) constituent ses moyens de contact avec l'extérieur. L'hiver, il reste souvent isolé à cause de la neige. Fait extrêmement rare en Italie, il n'y aucun autre village visible sur des kilomètres à la ronde. Nous y avons passé trois jours mémorables et avons logé dans une auberge très sympathique (http://www.anticacascinabrandimarte.it/) tenue par une famille du village. Les parents, dans la cinquantaine, y sont nés et ont fait construire cette auberge sur l'emplacement de la ferme des parents maternels. Ils l'ont fait surtout pour leurs deux fils car, nous ont-ils dit, les jeunes n'y arrivent pas dans l'Italie d'aujourd'hui sans l'aide de la famille. L'auberge a ouvert l'année dernière après trois ans de travaux et on leur souhaite de réussir.





Le plateau est le royaume de la lentille, des petits pois et de l'épeautre. En avril-mai, c'est la période des semences. Fin juin, début juillet, les champs se couvrent de fleurs multicolores. Le spectacle est paraît-il extraordinaire et les touristes affluent. L'afflux ne dure pas et le plateau retrouve vite sa tranquillité.


Les terres appartiennent en majeure partie à une coopérative et servent aussi, bien entendu, de pâturages.








jeudi 25 avril 2013

L'arbre aux jambons

Même dans mes rêves les plus fous, je n'aurais pu imaginer  pareille merveille. Point de saison, mais beaucoup de salaison. Et à Noël, on le décore de guirlandes de saucisses et d'olives à l'ascolane (http://www.lacuisineitalienne.fr/regions/marches/recette-olives-farcies-ascolane-139.html)?
Bon, allons expier tout ça dans les cols aujourd'hui.

mercredi 24 avril 2013

Sibyllines montagnes

Les monts Sibyllins, à cheval sur l'Ombrie et les Marches, forment une imposante barrière. À gauche, le mont Vettore, plus haut sommet de la région à 2 400 mètres. Nous passons une bonne partie de la semaine dans la région, à fréquenter de petits villages haut perchés et des petites routes qui tournicotent sans arrêt. Après l'exubérance fleurale de San Pietro in Valle, nous sommes revenus en arrière dans la saison.

lundi 22 avril 2013

Oasis








Nous étions venus l'année dernière à San Pietro in Valle, monastère bénédictin du XIIe siècle converti en auberge et il n'a pas fallu longtemps pour se rappeler pourquoi nous tenions à y revenir. Enserrée dans la nature et dans les montagnes, cette abbaye est une oasis de calme. D'autant plus qu'avant-hier soir, nous étions seuls. Une seule chambre occupée sur une trentaine. Hier soir, c'était beaucoup plus occupé. Il y avait même des vedettes de cinéma.
Chaque chambre porte le nom d'un frère, mais n'a rien d'une cellule. Ou voit ainsi Frère Eusèbe en plein travail.

Pendant ce temps, sa fidèle monture l'attend dans le cloître.
 
 
 
 
Il est 18 h. Il pleut. Le vert et le rose (fleur d'un arbre appelé arbre de Judée ou de Judas  https://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_de_Jud%C3%A9e) dominent. Dans cette  région très accidentée qu'est l'Ombrie, les villages hauts perchés sont innombrables. Plusieurs sont abandonnés. D'autres sont devenus des villages classés parmi les plus beaux d'Italie. C'est une région très différente de la Toscane, plus fermée, plus secrète, moins exubérante où la nature est aussi plus sauvage, plus présente. On ne verra jamais un livre intitulé Umbria under the sun et c'est très bien comme ça.