mardi 9 avril 2013

L'Italie sans dessus dessous (2)

Toujours pas de gouvernement. Pendant ce temps, l'économie périclite; l'Italie est le pays de l'Union européenne qui, selon tous les indicateurs, a subi la plus forte dégradation au cours de la dernière année, avec pour résultat qu'une tranche de plus en plus importante de la population s'enfonce dans la pauvreté. En fin de semaine dernière, un couple dans la soixantaine s'est suicidé, préférant recourir à cette solution plutôt que de demander l'assistance sociale. Les journaux sont pleins de ces histoires et de chiffres désolants sur le chômage (34 % des jeunes n'ont pas de travail, 12,3 % de la population n'a pas les moyens de se nourrir adéquatement, 38 % seraient absolument incapables de faire face à une dépense imprévue de 800 euros (1 000 $), etc.). Certaines régions de l'Italie sont plus touchées que d'autres, dont le Sud évidemment. Arezzo ne semble pas trop touchée (si on compare à il y a un an), si ce n'est que des commerces ont fermé et que le nombre de marchands ambulants et de mendiants a augmenté. Les immigrants d'origine pakistanaise et sri lankaise continuent de vendre (ou d'essayer de vendre) des fleurs et ceux d'origine africaine, des parapluies (à la moindre goutte de pluie, on les voit sortir), des kleenex et d'autres babioles, parfois avec beaucoup d'insistance. Tout ce commerce reste d'ailleurs un mystère. Qui le contrôle et où va l'argent? Comment les vendeurs sont-ils recrutés?
Il y a sûrement quelque part un « prince des mendiants ».

lundi 8 avril 2013

L'incorruptible

Sept ans après Gomorra, qui a connu un immense succès international, Roberto Saviano publie ZeroZeroZero, un roman-réalité qui parle du trafic de la cocaïne dans le monde. La cocaïne est l'affaire la plus lucrative sur la planète et l'une des plus destructrices par ce qu'elle génère de criminalité, de corruption et, bien entendu, de dépendance.
Saviano a écrit Gomorra quand il avait 26 ans et qu'il parcourait la Campanie (http://www.campanie-campania.net/) à scooter. Il a démonté les mécanismes de la Camorra, la mafia napolitaine, et ses secteurs d'activité (trafic d'armes et de drogues, extorsion, immigrants clandestins, déchets toxiques, etc.) à un point tel qu'il est devenu pour elle un ennemi à abattre. Il vit donc depuis sept ans caché, sous escorte policière 24 heures sur 24, sans jamais pouvoir voir ses proches.
Pourtant, il a réussi à écrire son récent livre à la suite d'une enquête internationale très fouillée auprès de repentis, de consommateurs de cocaïne, d'agents infiltrés et de policiers. Toutes ses sources ont été vérifiées et contre-vérifiées. Et comme il nomme des noms d'organisations et de personnes à profusion, il s'est sûrement fait de nombreux nouveaux ennemis.
Le livre « qu'on termine en se sentant très mal et encore plus mal pour son auteur », selon un journaliste qui a interviewé Saviano, a été publié la semaine dernière, à 500 000 exemplaires, ce qui est énorme, tous pays confondus.
(http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20100408.BIB5201/saviano-par-saviano.html)
Comment ne pas faire de parallèles avec nos petits scandales maison : ces rapaces qui sont prêts à tout pour de l'argent et un peu de pouvoir et qui vous regardent en face en disant qu'ils n'ont jamais rien fait de mal et ne connaissent pas la mafia. De temps à autre, il y en a qui se font coincer les...doigts dans la porte, mais d'autres se lèveront pour prendre la place, pour faire tourner la grande roue de la corruption. Il devrait y avoir plus de Saviano dans ce monde et moins de Milioto.

samedi 6 avril 2013

Selon Machiavel (5)

Lu dans Le Devoir du 3 avril une chronique de Francine Pelletier qui dit ceci :

« Au-delà du politicien conservateur soucieux d’imposer son look au pays, il y a en Stephen Harper un grand stratège dont Machiavel, ce grand prince de la fourberie politique, serait fier. En d’autres mots, il n’y a pas que le credo conservateur (réduire les taxes, le déficit, l’interventionnisme d’État et promouvoir la famille) qui compte pour lui. Tout aussi important : garder le pouvoir, en piétinant ses principes s’il le faut. »

Machiavel n'était pas le grand prince de la fourberie politique, mais plutôt un fin observateur, et j'hésiterais beaucoup à dire qu'il serait fier de Stephen Harper. Il n'était pas aussi machiavélique que ce que l'histoire a retenu ou voulu retenir. Et il n'encensait pas non plus le despotisme, mais savait le décrire et le saurait aujourd'hui :

« Alexandre VI ne fit jamais que tromper; il ne pensait pas à autre chose, et il en eut toujours l'occasion et le moyen. Il n'y eut jamais d'homme qui affirmât une chose avec plus d'assurance, qui appuyât sa parole sur plus de serments, et qui les tint avec moins de scrupule : ses tromperies cependant lui réussirent toujours, parce qu'il en connaissait parfaitement l'art. »

D'Alexandre VI à Stephen Harper, il y a plus de 500 ans, mais un tout petit pas. 
 

vendredi 5 avril 2013

Lucca-Pistoia


Église San Michele à Lucca
Retour à Lucca, quatre ans après notre première visite. En apparence, rien n'a changé, si ce n'est notre perception de la ville, devenue à nos yeux beaucoup plus touristique. On nous aborde en anglais, signe indéniable d'une forte présence touristique. L'affichage en anglais est aussi très populaire. La ville a toujours ses belles églises, sa place de l'amphithéâtre et ses remparts qui entourent la ville sur 4 kilomètres et sur lesquels on peut se promener à pied ou à vélo.
Petite visite chez le marchand de vélos Cicli Bizzarri, où j'ai loué mon premier vélo en Italie. Que c'est bien de comprendre ce qu'on vous dit et de pouvoir répondre par autre chose que du charabia.
On peut être déçu ou charmé à nouveau quand on retourne quelques années plus tard dans un lieu qu'on a vu et aimé. Lucca serait plutôt du côté des (petites) déceptions, peut-être parce qu'on a pu voir depuis qu'il existe, en Italie, des villes très agréables qui ne sont pas nécessairement touristiques. Arezzo en est une, bien sûr, et y retourner maintenant, c'est un peu revenir chez nous. Et on ne peut pas être vraiment déçu quand on retourne chez soi. En tout cas, je ne suis jamais déçu quand je retourne à Saint-Denis ou à Montréal.


Pistoia fait justement partie de ces villes qui sont agréables sans être touristiques. Beaucoup d'art, beaucoup d'églises, beaucoup de petites rues et places charmantes, mais aussi une vie normale, qui n'est pas faite que pour plaire aux touristes. Et en plus, on y a mangé des pizzas mémorables. La région est en quelque sorte la pépinière de l'Europe. Sur des kilomètres, que des arbres et arbustes qui aboutiront dans les jardins et parcs italiens, allemands, français, etc.
 


Église San Andrea, chaire sculptée
au XIVe siècle


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Place du Duomo à Pistoia


 
 
 


mercredi 3 avril 2013

Dégel


Il n'y a pas vraiment de rapport entre le titre et le contenu, sauf peut-être que j'ai senti que mes jambes dégelaient après le long hiver. La sortie de 75 kilomètres du jour était ponctuée de quelques montées, dont une jusqu'à Civitella in Val di Chiana, village dont j'ai déjà parlé l'an dernier sans y être allé et qui a été le théâtre, le 29 juin 1944, du massacre de 244 de ses habitants par une division de l'armée allemande qui battait en retraite et voulait se venger d'une attaque contre deux de ses soldats par des partisans. Si j'étais allemand, peut-être n'aurais-je pas osé visiter ce village ou peut-être me serais-je infligé 10 fois la montée d'environ 4 kilomètres qui y mène. Mais même si j'avais été allemand, à quoi bon expier maintenant? Hannah Arendt a dit que la responsabilité (la culpabilité) collective n'existe pas, il n'y a que la somme des responsabilités (culpabilités) individuelles. Jugement commode ou réalisme? Tout ce qu'on peut faire dans un lieu comme celui-là, c'est se recueillir, ne pas oublier et écouter ce que nous disent les arbres et les pierres, même si c'est horrible.

La position surélevée du village ne l'a pas sauvé de la fureur des Allemands. Aujourd'hui, dans les guides touristiques, on dit que de ce village, on a un des plus beaux points de vue sur la région d'Arezzo.
Avant la montée
Vue depuis le village
Pour ceux qui lisent l'italien

 

Et des fleurs pour la fête de Nathalie












lundi 1 avril 2013

Verdure


S'il y a bien un sujet sur lequel l'humain aime exagérer, c'est le temps qu'il fait. Il semblerait donc qu'il pleut depuis octobre en Toscane. On serait porté à le croire quand on voit les champs et les vignes gorgés d'eau et la végétation luxuriante. Castiglion Fiorentino (que l'on voit au fin fond) est un village situé à 12 kilomètres d'Arezzo que j'ai revu avec plaisir aujourd'hui. La montée de 7 kilomètres qui s'y amorce n'est pas trop méchante et le paysage est un enchantement. Ça sent le buis et les branches d'olivier qu'on fait brûler et le regard porte très loin. On en oublie qu'on est en train de monter.
 
 
Première sortie de 50 kilomètres. Le lundi de Pâques, que l'on appelle Pasquetta, presque tout est fermé et il n'y a pas de camions sur les routes. La sainte paix. Comme ici d'ailleurs à Santa Maria delle Grazie, un peu à la sortie d'Arezzo. Au fait, il n'a pas (encore) plu aujourd'hui.

samedi 30 mars 2013

L'Italie sans dessus dessous

Toujours pas de gouvernement et aucun en vue. Le Mouvement M5 de Beppe Grillo fait de plus en plus peur avec ses références au pouvoir de propagande d'Internet, sa ligne de « parti » immuable, ses insultes à tous les politiciens et aux journalistes et son entêtement à refuser tout compromis avec les autres partis. Résultat : la droite de Berlusconi progresse dans les sondages. Grillo et son guru Gianroberto Casaleggio (http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2013/03/13/gianroberto-casaleggio-le-gourou-de-grillo_1847241_3208.html) se targuent de représenter les Indignés et trouvent leurs appuis auprès des mécontents (des écoeurés devrais-je dire) de la politique traditionnelle, mais semblent plutôt représenter leur égo démesuré. Pendant ce temps, Mario Monti continue de diriger les affaires courantes mais en a marre et c'est le président Giorgio Napolitano, qui est âgé de 87 ans et est à quelques semaines de son départ, qui doit trouver une solution. Le bordel à l'italienne : ça n'a jamais été aussi vrai.

Côté vélo : il pleut, il vente. Trente kilomètres volés à la pluie, assez pour constater que mon vélo est vraiment en forme.